Les éditions L’extrême contemporain publient des livres de poésie et de politique, de littérature et d’art au sens le plus simple et le plus illimité.
Des livres qui ont en commun la recherche de formes et d’expériences à venir et à travers l’écriture.
L’ extrême contemporain
Route de Sylvéréal
30800 Saint-Gilles – FR
Diffusion/distribution
Harmonia Mundi Livre
ig : @extremecontemporain
fb : @exceditions
mail : contact(at)extremecontemporain.com
(Les éditions ne reçoivent pas de manuscrits.)
105 x 165 mm
« Les grandes lignes de la politique du Capital à l'égard de l'Université n'ont pas varié. Il s'agit d'abord de la supprimer dans ce qui a fait depuis l'origine sa vaillance et sa fortune propres, et qui est de constituer une sorte de tourbillon poético-politico-philosophique dans lequel l'existence historique des peuples travaille au savoir de soi-même : se dit, se pense, se veut. Mais s'il s'agit là de l'élaboration d'un savoir, ce n'est pourtant pas une science, ce ne sont pas plusieurs sciences ni toutes les sciences qui le constituent, mais la projection de l'existence publique sur ses plus extrêmes possibilités. »
130 x 198 mm
280 pages
Désastrée est un livre comme il en existe peu, d’un genre inclassable — ni essai ni récit ni journal ni poème. À la rigueur, une autothéorie ? Car ce livre est le compte rendu d’un désastre collectif, historique, perçu ou absorbé depuis la part la plus intime, la plus personnelle, « en corps ».
Écrit à la première personne, Désastrée cherche à comprendre ou à penser ce qui n’aurait pas dû se produire, ce qui après Auschwitz et depuis le 7 octobre 2023 (mais en fait bien avant) ne peut plus être pensé ou compris.
Quelque chose est barré, brisé dont le livre enregistre les éclats, les dégâts. Car derrière la guerre faite à Gaza, c’est le nom juif qui se trouve mis en cause, retourné. Et à travers lui toute la langue : « Qu’on accepte ou qu’on refuse l’accusation, Israël — le nom juif, donc — en est là. Là c’est-à-dire pris dans l’énoncé de ce point d’inversion terme à terme, inédit dans l’histoire, de génocidé à génocidaire. Dorénavant lorsqu’on parlera du génocide des juifs, il se pourrait qu’on ne sache plus dans quel sens entendre le génitif ».
Désastrée entreprend alors de ramasser différents matériaux (notes, souvenirs, citations, témoignages) pour penser à travers le désastre, pour dériver dans les temps, les expériences et les généalogies, pour retrouver la « tradition cachée » en réserve derrière le nom juif. Cette tradition cachée qui pourrait être par exemple l’aventure ou le rêve anéanti du Bund (Union générale des travailleurs juifs). Et tous les autres compagnonnages, de Marx et Spinoza à Lévinas en passant par Arendt et Fanon.
Ce premier livre de la cinéaste Natacha Samuel pourrait bien être l’un des plus importants pour l’époque, qui contribue autant à inspirer des formes de vie politique dans la langue (ce que fait une poétique), qu’à la réinvention subtile, sensible et formelle du genre de l’essai.
115 x 175 mm
136 pages
Traduction de l’allemand
Bernard Banoun
Les « nouvelles » ne sont pas bonnes. Les arbres de l’allée aux cerises ont disparu. Et c’est à l’écriture de ce désastre que s’entête quelqu’un qui voudrait pouvoir le raconter.
Le narrateur Waller, cherchant à décrire les arbres oubliés, se livre à fonds perdu dans cette recherche à travers un paysage halluciné, où s’amoncellent ruines sur ruines. Depuis le petit village de W. jusqu’à une déchetterie fantastique, habitée par d’étranges personnages, un air de cloches transporté par le vent d’Est accompagne de loin une dénommée Cendre qui se dépose et s’infiltre partout, dans tout le récit.
« Raconte !... raconte ! » Telle est la tâche de cet horrible travailleur, s’efforçant de prendre place dans « la cohorte des gens qui écrivent », dans ce désert, jusqu’à se confondre avec lui.
La prose de Wolfgang Hilbig (1941-2007) — ouvrier de métier en RDA et lauréat du prix Büchner — atteint ici des sommets où, par-delà les formes littéraires et politiques, s’entendent les aventures les plus silencieuses et les plus dramatiques de la pensée, exposées à ciel ouvert.
115 x 175 mm
136 pages
Traduction de l’espagnol (Mexique)
Samuel Monsalve
Ici se déroule une dépense sans fin, des plus agitées et des plus stupéfiantes, un travail de rêve manifeste, dont la dérive constituerait le centre.
Rêve sans fin est un document magmatique, spasmodique, instable dans sa forme et régressivement incertain jusque dans son projet ou son origine. Pour l’essentiel constitué de notes accumulées en exil — entre Barcelone et Paris en 1977 le temps d’un long été —, puis transcrites et librement associées par ses amis Bruno Montané Krebs et Roberto Bolaño, ce livre est un livre par accident(s).
Autoportrait du poète, méditation érotique, ironique et politique, excitation des mémoires et des sens, éclats lyriques désinhibés et « ballades-météorites », Rêve sans fin matérialise la subversion radicale des ordres de la réalité, par en dessous.
En même temps que s’y déjoue son programme s’y résout la trajectoire de l’avant-garde infraréaliste fondée par Mario Santiago Papasquiaro : passage du collectif et de ses mots d’ordre à une écriture clandestine, diasporique, où la poésie déborde les formes établies du livre pour investir les marges, les supports précaires et la vraie vie absente.
Mario Santiago Papasquiaro est né à Mexico en 1953. Il a pris part aux événements politiques et artistiques de son temps, comme agitateur, comme figure de l’infraréalisme et comme écrivain. Il aura laissé un nombre incalculable de traces écrites, intotalisables, dont certaines auront pris la forme de livres. Plus que nul autre il a cherché l’or du temps, l’accord impossible et nécessaire de la vie et de la poésie. Il disparait accidentellement à Mexico en 1998.
130 x 198 mm
320 pages
Traduction de l’espagnol (Mexique)
Karine Louesdon & José María Ruiz-Funes Torres
Impitoyable et bouleversant, le Livre centre-américain des morts est le poème de la migration et de sa malédiction politique au temps des mafias capitalistes. Nouvel acte de la Destruction des Indes de Las Casas, forme monstre — tour à tour corrido, album photographique, nécropole — empruntant aux traditions livresques et orales, anciennes et nouvelles, ce livre sans pareil chemine à travers l’exil, avec les migrant∙es et les apatrides, « loin de Dieu et près, très près, des passeurs, policiers, agents d’immigration, narcos, intermédiaires, proxénètes... »
Tombeau pour les Centre-Américain∙es risquant la traversée du jour et de la nuit pour rejoindre un Nord fantomatique et assassin, endurant les peines, les crimes, la clandestinité et l’horreur politique, ce livre est aussi le chant de lutte, d’amour et d’hospitalité pour les femmes, hommes et enfants guatémaltèques, honduriens, mexicains, nicaraguayens, salvadoriens, centre-américains, dont les corps sont remis aux mains de La Bestia.
Balam Rodrigo est né en 1974 à Villa Comaltitlán, au Chiapas, et a grandi auprès des migrant∙es et de celles et ceux qui luttent à leurs côtés. Il a reçu le Prix de poésie Aguascalientes en 2018 pour le Livre centre-américain des morts.
130 x 198 mm
288 pages
Mode avion est écrit « au clair du chagrin », à la première heure du manque ou du défaut. Il fait une aube à la vie maintenue, au seuil de la perte. Comme tel, ce livre est un tombeau ; comme tel il est une catastrophe : « ne croyez pas que je vais vous replonger dans le néant ».
Allant par poèmes, proses ou essais, Mode avion contient en lui les modes variés d’une histoire (une théorie ?) générale de l’écriture ou de l’inscription, et d’une affaire particulière avec ce que Michel Deguy appelait « la chose de la poésie ».
Deguy dont le nom revient presque à chaque page, comme un élan, un transport, un signifiant halluciné ou un stupéfiant. Michel Deguy (1930-2022), un revenant sans appel, un extrême contemporain.
Mode avion, grand livre du défaut, est attaché à la poésie, « réel absolu », comme il lui est arraché. C’est un mode orphique : privation du signal, relance du poème.
Martin Rueff est poète, critique et traducteur, et dirige la revue Po&sie. Né en 1968, il enseigne à Bologne et Genève.
115 x 175 mm
180 pages
Hortus conclusus est le premier recueil de poèmes de Karim Kattan, écrivain né à Jérusalem en 1989. Il tient son titre de la formule scellée du Cantique des cantiques qui inspire aussi le nom d’un couvent, à Artas, en Palestine.
Hortus conclusus, le jardin clos, fait jouer ensemble les tentations du retrait et de la visite, du sanctuaire et de l’assemblée. Il est par excellence le lieu de la doublure.
Le jardin clos renferme sur lui son propre destin barré, inscrivant l’extérieur dans son propre périmètre. Et ce qui se dit au dehors du jardin, colonisation, apartheid, anéantissement, s’entend en dedans. Dans chacun des 23 poèmes du recueil la fuite s’accomplit vers l’intérieur, grâce au secours des puissances de l’éclat : amours, chants, luxuriances, et de leurs servant·es : chevaliers (errants), (demi-)déesses, saintes palestiniennes, soldats et amants.
Hortus conclusus est l’aire identique du redoublement interminable des identités, des genres, des guerres et des paix.
« L’empire et ce qui lui fait résistance. Tout dans le jardin. Faradis, Hortus, Artas… »
130 x 198 mm
140 pages
Traduction de l’allemand
Sven Keromnes
Rien moins qu'une réécriture de l'Odyssée, La femme de personne est un poème en train de se faire, une matrice qui ne cesse pas de faire et de défaire : maille, toile, texture dont la matérialité même défigure et refigure, décode et recode l'épique poème de tous les poèmes. Et avec lui le héros de tous les héros qui donne son nom à l'épopée, l'hégémonique masculin mis lui aussi à l'épreuve, sur le métier : Outis, Odyss, Ulysse... Personne.
La femme de personne peut bien s'appeler Pénélope, la femme de, mais La femme de personne n'appartient à personne. Reprogrammation, bifurcations, renversements de perspectives et trouées dans la toile homérique ainsi réactualisée constituent la trame de cette poétique de l'ère scientifique.
Un va-et-vient entre l'antique et grouillante matière épique, amoureuse et guerrière, et le propre texte de Barbara Köhler (1959-2021) qui s'engendre ici comme par lui-même, au fur et à mesure qu'on le lit, qu'on l'écoute.