[Rêve sans fin]
Ce matin, quand j’ai voulu me faire du café, mon colocataire et sa compagne nocturne occupaient déjà la cuisine. Ils étaient devant les fourneaux, en train de moudre le café et de charger le filtre de la petite cafetière italienne. Nous en avons deux mais un seul de nos petits feux marche encore. Je n’étais pas d’humeur à faire la conversation, j’avais prévu de faire autre chose, j’ai un texte à écrire en ce moment, depuis quelque temps, j’ai toujours des textes à écrire. Mais je me suis laissé embarquer dans une discussion. Ou, plus précisément, pour je ne sais quelle raison, j’ai éprouvé le besoin de préciser que je travaillais actuellement sur un texte : MSP, antipoète.
Stricto sensu, c’est faux. Je ne fais que commencer ce journal. Je ne sais pas si j’ai les moyens d’écrire un texte intitulé : MSP, antipoète, ni si c’est une position tenable, l’antipoésie, et, du point de vue de l’histoire littéraire, si Mario Santiago Papasquiaro est antipoète ou non.
Mais comme il faut bien que je rende quelque chose pour la formation à laquelle je suis inscrit et que je ne me vois pas écrire sur autre chose que sur Mario Santiago Papasquiaro, actuellement, je vais me mettre à noter les idées qui me viennent au jour le jour, autour de ce projet de texte au titre un peu grandiloquent. Pas étonnant, puisque j’ai souvent besoin de partir d’un titre grandiloquent. Mon projet central aussi, dans le cadre de la formation, a un titre comme ça, bien que ce soit un texte de fiction.
Ici, ce que je dois rendre est plus théorique. Un mémoire de recherche-création pour être précis. Faire de véritables propositions tout en laissant parler sa sensibilité. Voilà ce qu’on nous demande. Je ne suis pas sûr d’y arriver. La sensibilité. Les propositions théoriques. Mais laisser parler, au moins, ça devrait aller. [...]